Tourisme lent : quand le ralentissement devient une opportunité pour le secteur du commerce de détail des articles de sport

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Rythme plus lent, nature plus présente, authenticité régionale et expériences plus conscientes : le slow tourism s’affirme comme une tendance touristique majeure. La Suisse, avec ses courtes distances, son réseau de transports publics dense et la diversité de ses activités de plein air, s’y prête particulièrement bien. Les détaillants d’articles de sport peuvent également en tirer profit, en proposant des conseils, des locations, des services et des offres axés sur l’expérience plutôt que sur la simple vente de produits.

Rapport de Peter Bruggmann

Le tourisme a longtemps été caractérisé par un principe : vivre un maximum d’expériences en un minimum de temps. Le tourisme lent propose une approche différente. L’accent n’est pas mis sur le nombre de lieux visités ou d’activités pratiquées, mais sur la qualité de l’expérience.

Le tourisme lent est considéré comme un voyage responsable qui allie nature, découverte du territoire, authenticité et détente. De nombreuses destinations le perçoivent désormais non seulement comme une offre touristique parmi d’autres, mais comme une approche fondamentale de leur développement.

Lent ne signifie pas inactif.

Pour l’industrie des articles de sport, un aspect est particulièrement intéressant : le tourisme lent n’implique en aucun cas l’abandon de l’activité physique. Au contraire.

La randonnée pédestre, hivernale ou en raquettes, le ski de fond, le cyclisme, le golf, le vélo électrique ou les treks de plusieurs jours sont parfaitement adaptés à ce type de voyage. L’activité physique est moins définie par la performance, la vitesse ou la distance parcourue que par l’expérience de la nature, le plaisir et la perception consciente d’une région.

C’est précisément là que réside le lien entre le tourisme et le commerce des articles de sport.

Zurich privilégie des activités comme la randonnée, les excursions en vélo électrique et la combinaison des transports en commun et du vélo. Saint-Gall et le lac de Constance associent nature, culture et cyclisme. Davos Klosters met en avant la randonnée hivernale et en raquettes, le ski de fond et les excursions combinant train et randonnée comme autant d’éléments d’un tourisme plus responsable.

La Suisse présente des conditions idéales

La Suisse dispose d’infrastructures propices au tourisme durable. Un réseau de transports publics dense permet de combiner trains, bus et funiculaires avec des activités de plein air. Suisse Tourisme décrit les transports publics comme un mode de transport particulièrement durable et souligne l’intégration des transports publics, du vélo et du réseau de lignes Suisse Mobilité.

Cela crée des opportunités intéressantes pour des excursions d’une journée et des courts séjours, ainsi que pour des voyages de plusieurs jours.

Un week-end en train, chaussures de randonnée et sac à dos léger, un circuit à vélo avec nuitées, une randonnée en raquettes avec dégustation de spécialités régionales ou quelques jours de ski de fond sans voiture correspondent assez précisément à l’idée de base du tourisme lent.

Il y a un autre avantage : le tourisme lent n’est pas réservé aux touristes internationaux. Les Suisses et les habitants des pays voisins, notamment, peuvent explorer les régions plus en profondeur grâce à des séjours plus courts. L’office de tourisme de Saint-Gall et du lac de Constance cible spécifiquement les voyageurs indépendants actifs, les familles et les touristes culturels et gastronomiques.

Du produit à l’expérience

Cela pourrait entraîner une évolution intéressante pour le secteur de la vente au détail d’articles de sport.

Un randonneur n’a pas simplement besoin de chaussures de randonnée. Il lui faut les chaussures adaptées à une excursion précise. Il ne cherche pas forcément un sac à dos, mais plutôt une solution pour une randonnée de deux jours. La raquette ne se résume pas aux raquettes ; elle implique aussi des vêtements adaptés, des bâtons, la sécurité, l’orientation et une bonne connaissance de la région.

Cela déplace l’axe de la concurrence, au moins en partie, du prix du produit vers la compétence.

Cette évolution illustre un défi fondamental auquel est confronté le secteur suisse de la distribution d’articles de sport. Dans un marché marqué par une forte pression concurrentielle et des prix élevés, la spécialisation, le conseil d’experts et le service prennent une importance croissante. C’est précisément dans ce domaine que les commerces physiques peuvent se différencier des circuits de distribution purement transactionnels.

Cinq opportunités pour les détaillants d’articles de sport

1. Consultation dans le cadre de l’expérience de vacances

Les magasins de sport locaux connaissent bien les conditions météorologiques, les sentiers, les niveaux de difficulté et les spécificités régionales. Cette expertise peut être mise à profit. La consultation commence donc non seulement par le produit, mais aussi par l’activité prévue.

Par exemple, « Quelles chaussures de randonnée souhaitez-vous ? » devient « Quelle excursion avez-vous prévue ? ».

Cela transforme le détaillant, d’un simple vendeur, en un centre local de compétences en activités de plein air.

2. Louer au lieu d’acheter

Le tourisme lent et les modèles de location se complètent parfaitement. Les clients souhaitent s’essayer à une activité sans avoir à acheter tout l’équipement nécessaire pour chaque expérience.

En plus des skis et des snowboards, selon la région, des raquettes à neige, du matériel de ski de fond, des porte-bébés, du matériel de randonnée, des vélos électriques, des accessoires de vélo ou d’autres produits de plein air sont disponibles à la location et à l’essai.

L’importance croissante de la location est déjà manifeste dans le secteur suisse de la vente d’articles de sport. Ce secteur prend également de l’importance en été.

3. La durabilité et le service après-vente prennent de l’importance.

Les consommateurs plus attentifs à leurs choix sont susceptibles de porter une attention particulière à la qualité, à la réparabilité et à la durée de vie des produits. Cela ouvre la voie à des produits et services de haute qualité tels que les réparations, l’entretien, l’imperméabilisation, le service de chaussures et les pièces détachées.

Le modèle économique évolue donc en partie, passant du « vendre et remplacer » au « vendre, utiliser, entretenir et préserver plus longtemps ».

Les détaillants spécialisés, en particulier, disposent des ressources nécessaires, telles que des ateliers, du personnel formé et des conseils personnalisés, que les fournisseurs exclusivement en ligne ne peuvent que partiellement reproduire.

4. Coopération avec les organismes de tourisme

L’une des plus grandes opportunités se trouvera probablement en dehors du magasin lui-même.

Les détaillants d’articles de sport peuvent collaborer plus étroitement avec les destinations, les hôtels, les remontées mécaniques, les voyagistes, les entreprises de transport et les restaurants régionaux.

Les options possibles incluent des forfaits de randonnée ou de raquettes comprenant la location d’équipement, le transport des bagages lors d’excursions de plusieurs jours, des offres d’essai pour les clients de l’hôtel, des suggestions d’itinéraires communs ou des expériences de plein air réservables.

Cela fait des détaillants d’articles de sport un élément de la chaîne de valeur du tourisme et ne les rend pas seulement pertinents lorsqu’un client entre par hasard dans un magasin.

5. Nouveaux groupes cibles pour les activités de plein air

Le tourisme lent ne s’adresse pas uniquement aux alpinistes traditionnels. Les familles, les seniors actifs, les gourmets et ceux qui souhaitent allier exercice physique, nature et détente en font également partie. Les destinations touristiques constatent aussi un intérêt croissant des jeunes générations pour les expériences authentiques en pleine nature.

Pour les détaillants, cela signifie communiquer sur les activités de plein air sans se limiter à la performance sportive.

Les chaussures de randonnée ne sont pas indispensables pour les excursions exigeantes en haute altitude. Un bon imperméable est également nécessaire pour les randonnées tranquilles. Un sac à dos léger convient aussi bien pour une promenade en ville que pour une randonnée dans les montagnes de l’Alpstein.

Cela élargit la clientèle potentielle.

Le tourisme lent peut également renforcer la basse saison.

Cette tendance est particulièrement intéressante pour les régions touristiques qui souhaitent réduire leur dépendance aux seules hautes saisons.

La randonnée est possible une grande partie de l’année. En hiver, randonnée et raquettes complètent les sports de neige alpins classiques. Le vélo et le vélo électrique prolongent la saison estivale. La randonnée urbaine et les micro-aventures régionales offrent également de nouvelles possibilités de pratique d’activité physique.

Les destinations développent en conséquence leur offre de randonnées hivernales et de raquettes. Un guide récent de SwitzerlandMobility et des agences fédérales participantes souligne l’importance de proposer des activités attrayantes, sûres et de qualité dans ces domaines.

Pour les détaillants d’articles de sport, une saison touristique plus longue peut simultanément se traduire par une demande plus régulière en matière de conseils, de location et de service après-vente.

La régionalité devient un avantage concurrentiel

L’aspect le plus intéressant du tourisme lent réside peut-être dans son ancrage régional.

Un site de vente en ligne international peut vendre des chaussures de randonnée. Cependant, il ne sait pas forcément quel itinéraire est conseillé le lendemain matin en fonction des conditions météorologiques, où se trouvent les névés, quel bus dessert le point de départ, ni quel équipement est nécessaire pour la randonnée.

Les détaillants d’articles de sport locaux possèdent cette expertise.

Le tourisme lent pourrait donc créer un environnement dans lequel précisément les qualités qui caractérisent traditionnellement les détaillants suisses d’articles de sport seraient davantage recherchées : conseils personnalisés, ancrage régional, expertise du service et proximité avec le sport.

Les détaillants d’articles de sport font partie de l’expérience

Le tourisme lent n’est ni un nouveau sport ni une catégorie de produits unique. Il s’agit plutôt d’une tendance qui modifie notre perception des loisirs et des voyages.

Pour les détaillants suisses d’articles de sport, l’opportunité réside donc moins dans le développement d’une nouvelle gamme de produits « tourisme lent » que dans la combinaison de leur savoir-faire existant avec les réalités du tourisme, de la mobilité et des expériences régionales.

La randonnée pédestre, la randonnée hivernale, la raquette, le ski de fond, le vélo et les activités de plein air offrent une base solide pour cela. Le conseil, la location, la réparation et l’entretien peuvent générer une valeur ajoutée supplémentaire.

Cela pourrait également conduire à un développement plus poussé du rôle du magasin de sport : d’un lieu où l’on achète des articles de sport, à un point de départ local pour des activités physiques et des expériences en pleine nature.

Le tourisme lent ne favorise pas la vitesse. Pour les détaillants d’articles de sport, cela pourrait représenter une opportunité.