Vers la modernité - VENTES 2022
Reportage du Journal suisse des arts et métiers par Corinne Remund et Rolf Marti
La numérisation transforme le monde du travail – et, par conséquent, la formation professionnelle. Deux des principaux secteurs d’activité en ressentent particulièrement les effets : le commerce de détail et le secteur commercial. Aujourd’hui, faire ses achats est souvent une expérience « cross-média ». Les clientes et clients s’informent sur Internet et achètent en magasin, ou bien ils commandent en ligne et récupèrent leurs achats à un point de retrait. « Les spécialistes du commerce de détail ont donc besoin de nouvelles compétences. Ils doivent maîtriser le numérique, mais aussi faire preuve de créativité pour offrir des expériences d’achat attrayantes en magasin », explique Sven Sievi, directeur général de Formation Commerce de détail Suisse (BDS).
« LES JEUNES PROFESSIONNELS DOIVENT APPRENDRE À ACQUÉRIR DE NOUVELLES CONNAISSANCES PAR EUX-MÊMES ». ROLAND HOHL, DIRECTEUR D’IGKG SUISSE
Le travail quotidien au bureau a également beaucoup évolué ces dernières années. Les commerciaux agissent aujourd’hui dans des formes de travail et d’organisation agiles, interagissent dans un environnement en réseau et travaillent avec les nouvelles technologies. Cela implique des compétences techniques, un mode de pensée numérique, une remise en question critique, de la créativité ainsi que des compétences sociales et personnelles. Mais qu’il s’agisse de gestionnaires du commerce de détail ou d’employés de commerce, les jeunes professionnels doivent aussi être capables de gérer les changements dans l’économie et la société.
Se préparer au changement
La promotion des compétences transversales constitue donc un élément central des réformes des quatre formations initiales suivantes : « Spécialiste du commerce de détail CFC », «Assistant/e du commerce de détail AFP», «Employé(e) de commerce CFC» et «Assistant/e de bureau AFP». Roland Hohl, directeur de la Communauté d’intérêts pour la formation initiale commerciale (IGKG) Suisse, déclare à ce sujet : « Les jeunes professionnels doivent apprendre à transposer leurs connaissances acquises par l’expérience à des situations sans cesse nouvelles et à acquérir de nouvelles connaissances de manière autonome. » La mise en œuvre systématique d’une approche axée sur les compétences opérationnelles, associée à une coopération globale entre les lieux de formation, constitue un autre élément central de ces réformes.
En clair, cela signifie que : Les connaissances et les compétences sont transmises dans tous les lieux de formation dans le cadre de situations d’application concrètes. Ce qui semble banal à première vue a des conséquences durables pour les écoles professionnelles et les cours interentreprises. Ils doivent modifier leurs concepts didactiques. Dans les écoles professionnelles, par exemple, il n’y aura plus de matières.
« LES PROFESSIONNELS DU COMMERCE DE DÉTAIL ONT BESOIN DE NOUVELLES COMPÉTENCES ET DOIVENT ÊTRE PRÊTS POUR LE NUMÉRIQUE ». SVEN SIEVI, DIRECTEUR DE BDS SUISSE
L’économie, les langues, etc. sont enseignées dans le cadre de tâches pratiques. Joe Purtschert, Rigi-Sport AG, responsable de la formation/formation continue de l’Association des commerçants de sport, membre de l’équipe centrale de vente 2022+, concrétise : « Les deux mégatendances « orientation vers les avantages pour le client » et « numérisation » sont représentées dans les points forts « création d’expériences d’achat » et « gestion de boutiques en ligne ». Les entreprises ont le choix de l’axe dans lequel elles souhaitent former ».
« L’APPRENTISSAGE COMMERCIAL SERA AINSI ENCORE PLUS AXÉ SUR LA PRATIQUE PROFESSIONNELLE ET LES FUTURS PROFESSIONNELS SERONT PRÉPARÉS AU MONDE DU TRAVAIL NUMÉRIQUE ». DANIELA SCHNEEBERGER, CONSEILLÈRE NATIONALE (FDP/BL) ET VICE-PRÉSIDENTE DE L’USAM
Ce changement de paradigme vise à éviter que les apprenants n’acquièrent des connaissances théoriques qu’ils ne peuvent pas mettre en pratique au quotidien. Michel Fischer, directeur général de l’Organisation de la formation initiale commerciale (OKGT), branche fiduciaire/immobilier, souligne lui aussi l’importance de cette démarche : « La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est l’un des grands défis du présent et de l’avenir. Avec le programme « Employés de commerce 2022 », nous avons la possibilité de concevoir la Formation initiale commerciale de manière à ce qu’elle réponde, d’une part, aux besoins du marché du travail et qu’elle reste, d’autre part, passionnante et stimulante pour les apprentis. Si nous y parvenons, il restera intéressant pour les entreprises, à l’avenir également, de réaliser des formations d’apprentis et d’assurer la relève au sein de leur propre secteur.» Et Daniela Schneeberger , conseillère nationale (PLR/BL), présidente de Treuhand Suisse et vice-présidente de l’USAM, renchérit : « Avec le programme « Commerçants 2022 », nous avons l’occasion d’aligner encore davantage l’apprentissage commercial sur la pratique professionnelle et de préparer nos futurs spécialistes à un monde du travail de plus en plus numérique. »
Devenir plus attractif et compétitif
Les réformes doivent entrer en vigueur au début de l’apprentissage en 2022, les travaux sont en cours depuis 2018. Elles se basent sur des analyses approfondies des champs professionnels. L’objectif est de rendre les professions plus attrayantes et plus compétitives. Cela implique que les instruments de mise en œuvre pour les entreprises formatrices soient développés de manière cohérente sous l’angle de la volonté de former et de la promotion des places d’apprentissage. Le bon rapport coûts/bénéfices est maintenu et les compétences de formation des entreprises sont renforcées. Comme il existe de nombreux recoupements entre le commerce de détail et le secteur commercial - notamment au niveau des écoles professionnelles - la Confédération, les cantons et les organisations du monde du travail OrTra ont créé un organe national de coordination (ONC) pour la phase de mise en œuvre. Il encourage la coopération entre les lieux de formation et assure le dialogue avec tous les partenaires. Cela permet une mise en œuvre durable des réformes, ce qui profite aux entreprises formatrices et aux apprentis.