En route vers le commerce de détail : inspirer ensemble les jeunes talents du secteur.
Comment attirer les jeunes vers l’apprentissage dans le secteur du commerce de détail ? Trois entreprises de Suisse orientale illustrent une approche concrète avec « Road to Retail ». Zubi, Pius Schäfler et la boulangerie Lichtensteiger se sont associés pour faire de l’orientation professionnelle une expérience partagée. Ce projet offre également matière à réflexion aux détaillants désireux d’explorer de nouvelles pistes pour recruter de jeunes talents.
Trois entreprises, un défi commun
Trouver des stagiaires qualifiés est devenu plus difficile pour de nombreuses entreprises du secteur de la distribution. Parallèlement, les jeunes sont confrontés à une multitude de choix de carrière. Une offre d’emploi classique ou une simple journée d’immersion ne suffisent donc pas toujours à susciter l’intérêt pour un métier et une entreprise.
Les trois entreprises traditionnelles de Suisse orientale, Zubi, Pius Schäfler et la boulangerie gastronomique Lichtensteiger, en ont tiré une conclusion simple : au lieu de recruter individuellement de jeunes talents, elles travaillent ensemble.
Le résultat est le programme « En route pour le commerce de détail ». Des lycéens ont ainsi l’opportunité d’explorer différentes facettes du secteur en une seule journée. À bord du « Bus du commerce de détail », ils visitent plusieurs entreprises et découvrent trois environnements de vente différents.
Zubi se spécialise dans les chaussures et les articles de sport, Pius Schäfler dans la papeterie et les jouets, et Lichtensteiger dans les produits de café et de boulangerie. Ces différences entre les gammes de produits sont intentionnelles. Elles mettent en lumière l’étendue et la diversité du commerce de détail en tant que profession.
L’orientation professionnelle devient une expérience
Le concept évite délibérément les longues présentations de profils de carrière. L’objectif est de permettre aux jeunes de découvrir le secteur du commerce de détail de manière concrète.
À chaque étape, ils acquièrent une vision concrète du quotidien professionnel. Ils manipulent des produits, découvrent les tâches typiques, rencontrent les employés et peuvent leur poser directement leurs questions.
Cela modifie également la perspective sur l’orientation professionnelle. L’objectif principal n’est plus de déterminer si un jeune correspond au profil recherché par une entreprise en particulier. La première étape consiste à susciter son intérêt pour le secteur et la profession.
Thomas Zuberbühler, copropriétaire de Zubi, résume ainsi leur approche commune : « Nous formons tous des apprentis depuis des années. Mais une évidence s’est imposée à nous : si nous voulons inciter les jeunes à faire carrière dans le commerce de détail, nous devons aller plus loin. Et c’est ensemble que nous pouvons y parvenir au mieux. »
Les apprenants deviennent des ambassadeurs de leur profession.
Un élément essentiel du programme « Parcours vers le commerce de détail » est l’implication des apprentis de l’entreprise. Ainsi, les jeunes rencontrent non seulement des formateurs ou des responsables de formation, mais aussi des jeunes qui ont eux-mêmes récemment dû choisir leur orientation professionnelle.
Cela crée une approche de formation différente. Les apprenants peuvent expliquer de manière authentique pourquoi ils ont choisi cette profession, ce qu’ils apprécient dans ce métier, les défis auxquels ils sont confrontés et les opportunités que leur offre la formation.
Céline, apprentie en deuxième année chez Zubi, décrit cette approche : « J’aurais aimé vivre une journée comme celle-ci à l’époque : simple, authentique et variée. Maintenant, j’ai hâte de partager mon expérience et peut-être même d’aider quelqu’un d’autre à prendre sa décision. »
Cela offre un éclairage important aux organismes de formation : leurs propres stagiaires peuvent devenir des ambassadeurs crédibles de la profession.
Changer activement l’image du secteur du commerce de détail
Un autre défi réside dans le profil du poste lui-même. La formation dans le commerce de détail est encore parfois perçue comme une profession offrant des perspectives d’évolution de carrière limitées.
La réalité est bien plus complexe. Le secteur du commerce de détail englobe de nombreuses spécialisations et, après une formation professionnelle de base, permet une spécialisation plus poussée, une formation continue et divers parcours de carrière, notamment dans le domaine de la spécialisation et de la gestion.
« Beaucoup de jeunes ignorent la diversité du secteur du commerce de détail », explique Irene Lichtensteiger, directrice générale de la boulangerie Lichtensteiger. « Pourtant, il offre d’innombrables opportunités, notamment pour ceux qui aiment le contact humain et sont passionnés par les produits de qualité. »
Le secteur de la distribution d’articles de sport, en particulier, a beaucoup à offrir. Sport, produits, conseils, vente, canaux numériques, ateliers et services après-vente, sans oublier la passion personnelle pour différentes disciplines, se conjuguent pour créer un environnement professionnel diversifié. Toutefois, cette diversité doit être rendue visible et concrète pour les jeunes.
Ce que les détaillants spécialisés peuvent apprendre de « Road to Retail »
Ce qui est intéressant dans le projet mené en Suisse orientale, ce n’est pas qu’il faille le reproduire à l’identique partout, mais plutôt le principe qui le sous-tend.
1. Reconnaître l’importance de recruter ensemble de jeunes talents
Les organismes de formation d’une même région sont confrontés à des défis similaires. La coopération permet d’accroître leur portée tout en répartissant les efforts organisationnels entre plusieurs entreprises. Les entreprises participantes ne doivent pas nécessairement appartenir au même secteur d’activité.
2. Créez des expériences plutôt que des descriptions de poste
Les jeunes se font une idée plus réaliste d’un métier lorsqu’ils peuvent en expérimenter les tâches par eux-mêmes. Le secteur de la vente d’articles de sport offre de nombreuses opportunités en ce sens : tester des produits, préparer des skis, analyser des chaussures de course, mener une conversation de vente, se familiariser avec un vélo ou découvrir les canaux de vente en ligne.
3. Impliquer systématiquement les apprenants
Les apprenants déjà inscrits parlent le même langage que le public cible et comprennent ses questions et ses incertitudes grâce à leur propre expérience. Leur participation peut efficacement compléter les mesures traditionnelles de marketing de carrière.
4. Collaborer avec les écoles et les partenaires régionaux
L’accès aux jeunes doit être établi dès le plus jeune âge. La coopération avec les lycées, les services d’orientation professionnelle, les associations professionnelles et autres organismes de formation peut contribuer à ancrer les programmes d’orientation professionnelle au niveau régional et à assurer leur mise en œuvre régulière.
5. Non seulement l’apprentissage, mais aussi une perspective d’avenir.
La présentation des perspectives de carrière doit indiquer les débouchés offerts par un apprentissage. La formation continue, la spécialisation, les responsabilités de gestion, les achats, le marketing, le commerce électronique ou l’entrepreneuriat font également partie intégrante d’une carrière dans le commerce de détail.
La coopération plutôt que la compétition
Ce qui est particulièrement remarquable dans « Road to Retail », c’est l’attitude des entreprises participantes. Leur objectif de recrutement des jeunes ne repose pas sur la concurrence pour attirer des candidats individuels. Il s’agit avant tout de susciter l’intérêt pour le secteur du commerce de détail dans son ensemble.
Cette approche peut s’avérer particulièrement intéressante pour les petits et moyens commerces spécialisés. Un magasin spécialisé indépendant manque souvent de ressources pour mener des campagnes de recrutement élaborées. En revanche, plusieurs entreprises d’une même région peuvent organiser conjointement des journées carrières attractives, des visites scolaires, des séances de découverte ou leur propre programme régional « Rejoindre le commerce de détail ».
Cela peut également impliquer une collaboration entre différents magasins d’articles de sport et d’autres secteurs du commerce de détail. Le facteur crucial est un intérêt commun pour une formation professionnelle solide.
Un projet de Suisse orientale avec du potentiel
Le projet « Road to Retail » a été lancé à l’été 2025 avec des phases pilotes initiales. Les entreprises participantes visent à pérenniser ce format.
« Notre objectif est d’établir la voie vers le commerce de détail sur le long terme – et peut-être même de créer un modèle qui se répandra ailleurs », explique Patrick Ammann-Schäfler, propriétaire de Pius Schäfler AG.
C’est précisément là que la portée du projet dépasse les frontières de la Suisse orientale. « Road to Retail » démontre qu’attirer les jeunes talents ne passe pas forcément par des campagnes de grande envergure. La collaboration régionale, une connaissance approfondie du secteur et la volonté d’initier les jeunes au métier où ils feront leurs choix de carrière sont des facteurs essentiels.
Pour les détaillants spécialisés, cette approche est prometteuse. Ceux qui souhaitent recruter des spécialistes qualifiés à l’avenir doivent être présents dès la phase d’orientation professionnelle. L’enthousiasme pour le sport et les produits dérivés constitue un excellent point de départ. « Road to Retail » illustre comment ces qualités peuvent être combinées pour créer un projet concret et tangible de développement des jeunes talents.